SANTÉ

Dans le Puy-de-Dôme, les premiers cas de variole du singe continuent d’affluer

Dans le Puy-de-Dôme, les premiers cas de variole du singe continuent d
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La variole du singe, ou Monkeypox, a fait son arrivée en Europe à la fin du printemps. L’Organisation mondiale de la santé a déjà été nommée plus de 18.000 cas dans le monde. En France, au 18 août, 2.889 cas avaient été enregistrés. Décryptage de cette nouvelle épidémie avec Christine Jacomet, médecin dans le service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Clermont-Ferrand et présidente du Corevih Auvergne Loire (Coordination régionale de lutte contre le VIH et des IST).

Y at-il des cas à Clermont-Ferrand ?

«Oui. Chaque jour depuis mi-juillet, on voit quelques patients qui se présentent positifs. Pour le moment, personne n’a été hospitalisé à cause de complications. Selon les questionnaires qu’ils ont repris, les patients ont été contaminés hors de Clermont-Ferrand. Pour l’instant, il ne semble pas y avoir de cluster ici. Il y a aussi eu un cas au Puy-en-Velay et quelques cas à Moulins. Mais pas beaucoup. »

Quels sont les symptômes de ce virus ?

« Il s’agit avant tout de boutons douloureux. Les personnes sont généralement très affolées par la douleur. On est aussi frappé par des angines très douloureuses et des lésions au niveau des organes sexuels, qui s’accompagnent souvent de douleurs rectales et pelviennes très importantes. »

Christine Jacomet, médecin service des maladies contagieuses et tropicales du CHU de Clermont-Ferrand, voit des cas de Monkeypox tous les jours. Photo Johan Maviert.

Y at-il des risques de complications ?

« Parfois, les douleurs sont si fortes qu’il faut hospitaliser les patients pour mettre en place un traitement antalgique fort pour éviter qu’ils nécessitent chez eux. Ce peut aussi être les lésions qui s’infectent. Si les complications vont encore plus loin, on peut délivrer un traitement antiviral, qui n’a pour l’instant pas eu besoin d’être donné chez nous. »

« Le Monkeypox, dans l’épidémie actuelle, peut être considéré comme un virus responsable d’une infection sexuellement transmissible. »

Quels sont les modes de transmission ?

« Les contaminations se font majoritairement lors des rapports sexuels. En revanche, il peut aussi se transmettre par des contacts non sexuels. On voit des contaminations intrafamiliales, et/ou via des objets interposés, comme les toilettes, les objets de la salle de bain ou la chambre à coucher via les draps. C’est donc une IST, mais ce n’est pas que ça. »

Quelles sont les personnes à risque ?

« Aujourd’hui, il s’agit des personnes qui ont des rapports sexuels fréquents et nombreux. Notamment, les hommes qui ont des relations sexuelles avec les hommes, les personnes trans multipartenaires et les travailleurs et travailleuses du sexe. Mais le virus peut être transmis à tout le monde, ce n’est pas “réservé” à un groupe de personnes en particulier. Il ne cible pas une communauté spécifique. »

Que faire pour s’en prémunir ?

« D’abord, les personnes atteintes doivent s’isoler 21 jours. On leur prescrit des antalgiques et du repos. Ensuite, concernant les personnes contacts et à risque, on les appelle à se faire vacciner sans attendre. C’est un vaccin antivariolique que l’on connaît déjà. Il est efficace à 85 % sur la souche de la variole du singe. On constate avec le temps une augmentation du nombre de personnes qui se sentent concernées. Mais il y a aussi la prévention sociale. Si on sait qu’on prend des risques, on les limite pour réduire le risque de diffusion éventuel du virus. C’est du bon sens civique, sans que ce soit stigmatisant. »

« Dans le Puy-de-Dôme, plus de 300 personnes se sont fait vacciner au Cegidd de Clermont-Ferrand dans une démarche de prévention médicalisée. »

Est-ce que vous craignez d’être débordés ?

« On n’est qu’au tout début de l’épidémie en Europe, on ne connaît pas encore l’ampleur que le Monkeypox peut avoir. Si on n’arrive pas à vacciner toutes les personnes à risque, il pourrait y avoir une diffusion de l’infection, y compris dans la population générale. Il faut donc mettre en place de manière urgente un parcours de prévention. Ce que font tous les Cegidd de notre territoire, c’est une bonne chose. Il nous semble aussi important d’informer précisément la population générale pour que chacun puisse réfléchir à ses éventuelles conduites à risque. »

Quels sont, pour vous, les enjeux lorsque des patients viennent vous voir ?

« Avec la pandémie de Covid-19, les dépistages IST ont diminué. Pendant les deux dernières années, on a vu une diminution de 18 % des dépistages. Cette nouvelle épidémie nous incite à reformuler un parcours de prévention avec la détection des autres IST, comme le VIH ou la syphilis, et de prendre en charge les patients si besoin. Si on observe que certaines personnes sont très à risque, on peut leur proposer une prévention du VIH (la Prep) et augmenter la fréquence de leurs dépistages. »

Avez-vous le sentiment de revivre les années 1980 avec l’apparition du virus du Sida ?

« J’étais présente dans les CHU dans les années 1980 et 1990. La mortalité des patients séropositifs hospitalisés était proche de 100 %. Sans médicaments antirétroviraux, une personne atteinte du Sida avait une survie de trois ans. C’était une épidémie avec des conséquences sociales, humaines et affectives bouleversantes. Là, certes, c’est une nouvelle maladie, mais l’impact clinique, pour l’instant, de ce que l’on connaît, est relativement limité. Après les symptômes, les patients sont guéris. Mais ces épidémies récurrentes et qui se rapprochent veulent sûrement dire quelque chose de notre société. Ce sont des zoonoses au départ, c’est-à-dire des maladies qui n’atteignaient que les animaux avant. Aujourd’hui, elles touchent l’humain. Cela sous-tend qu’il y a un contact très proche entre l’homme et l’animal. La faute probablement à la déforestation et aux écosystèmes que l’on a complètement perturbé. »

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Johan Maviert

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