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« Je traite ma mère d’idiote juste avant sa mort »

« Je traite ma mère d'idiote juste avant sa mort »
Written by admin

J’ai grandi dans la grande bourgeoisie parisienne, celle des appartements luxueux dans les beaux quartiers. Je sais que ma situation est enviable : une vie privilégiée, les meilleures écoles. On imagine sans doute mal que derrière la façade de la distinction, il peut régner dans ces milieux une vraie misère émotionnelle. Les gens ne se parlent pas. Ils ne se composent pas mieux que d’autres.

Ma mère était l’enfant de cette culture pesante, comme je l’ai été à mon tour. Née en 1933, elle était doublement déracinée. Sa mère s’était suicidée lorsqu’elle avait 3 ans, puis elle était partie avec mon grand-père se réfugier au Mexique par crainte des persécutions antisémites. A son retour en France, après la guerre, elle a rencontré mon père, lui aussi issu de la grande bourgeoisie. Mes parents étaient faits pour être des bons copains, peut-être des amants, certainement pas des parents. Elle était belle comme une actrice italienne des années 1960. Un caractère expansif, une belle chevelure. C’était une femme gaie, généreuse, fantasque, aimant beaucoup la vie. Une femme mélancolique aussi, parfois sombre, avec des tendances autoritaires. « J’ai un soleil noir au-dessus de ma tête », disait-elle parfois.

Mon frère aîné est né lorsqu’elle avait 20 ans. Je suis arrivé six ans plus tard, dans des conditions différentes : j’étais un enfant souhaité, entre autres pour tenter de rafistoler le couple de mes parents. Cela n’a bien sûr pas suffi, et ils ont divorcé. Autour de 40 ans, ma mère s’est mise à travailler. Elle était de cette génération de femmes qui ont tout fait pour être autonomes, pour la première fois. Elle a voulu refaire sa vie amoureuse, mais elle était flanquée de deux garçons, et mon père n’était pas un relais – pour résumer, disons qu’il faisait son chèque tous les mois.

Un amour expansif

Tout cela, je ne le voyais pas. J’étais trop jeune, ou trop égoïste. J’aimais que le monde tourne autour de moi. Je ne comprenais pas qu’elle n’était pas uniquement ma mère. Pourtant, elle m’adorait. Cet amour expansif, un peu italien, me déstabilisait. Je ne trouve pas mes repères entre une mère qui m’aimait trop et un père dont j’estime qu’il ne m’aimait pas assez. J’étais un enfant solitaire. Une grave maladie m’avait laissé des séquelles : j’étais anxieux, émotif, très nerveux, et constamment en demande d’attention. Un « charmant petit monstre », disait-on. J’avais développé une personnalité bizarre, un peu mythomane, comme une bulle de protection : le monde ne me concernait pas, j’en avais recréé un dans lequel j’étais à l’abri. Mon Second Life à moi.

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