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Les amputés de la guerre en Ukraine

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Les amputés de la guerre en Ukraine
Written by admin

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Les deux hommes se sont liés d’amitié en réapprenant à marcher. Aleksandre vient de Kiev, Yevgen de Tchernihiv. Ils ne se connaissaient pas, n’ont pas combattu ensemble, mais ont tous deux perdu une jambe au mois de mars, quelques jours après le début de la guerre. « Aleksandre m’a proposé de rester chez lui le temps des soins »raconte Yevgen, qui a préféré ne pas donner son nom, tout comme son acolyte. « En échange du loyer, je lui ai demandé de faire la vaisselle et le ménage », blague Alexandre.

Depuis que leurs plaies ont cicatrisé, les deux pères de famille se sont rendus chaque jour dans les locaux du centre de rééducation Bez Ozmezhen (« sans limites »), un petit bâtiment dans la banlieue de Kiev. Entre les ateliers de confection des prothèses temporaires, le long d’un couloir, les hommes marchent et effectuent des exercices sous l’œil attentif d’un médecin. Depuis le 24 février, le jeune patron de l’entreprise, Andriy Ovcharenko, a dit avoir reçu plus de 50 Ukrainiens grièvement blessés, certains avec plusieurs membres sectionnés.

Premier bilan officiel des morts

Pour la première fois, lundi 22 août, le commandant en chef des forces armées, Valeri Zaloujny, a donné un bilan des pertes que l’Ukraine déclare avoir subies depuis le début de la guerre, six mois plus tôt, en affirmant que 9 000 soldats ukrainiens ont été tués. Andriy Ovcharenko ne connaît pas le nombre d’amputés dans le pays. Les autorités ne communiquent pas ces chiffres, « afin de ne pas démoraliser les Ukrainiens », confie-t-il, avant d’ajouter : « Si les gens savaient combien de personnes perdent leurs jambes et leurs bras, personne ne rejoindrait l’armée. » Le directeur s’attend à recevoir un afflux de soldats en provenance des lignes de front de l’est et du sud de l’Ukraine. Aujourd’hui, la majorité de ses patients ont été blessés dans les premières semaines du conflit.

Un soldat blessé du bataillon Azov se fait soigner dans une clinique privée de réhabilitation, à Kiev, en Ukraine, le 5 juillet 2022.
Alexandr (à gauche) et Yevgen (au centre) écoutent les conseils de leur prothésiste (à droite) au centre de rééducation Bez Ozmezhen, dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 15 août 2022.

Yevgen a rejoint la défense territoriale de Tchernihiv le 3 mars. La ville du Nord a été encerclée et pilonnée quotidiennement jusqu’au retrait des troupes russes, à la fin du mois. L’homme de 35 ans combattait dans une tranchée. Le 15 mars, il s’est retrouvé sous un bombardement. Les shrapnels lui ont déchiré la jambe. « Un ami a été blessé à la tête et est décédé deux semaines plus tard », raconte le gaillard rasé qui porte une balafre sur une partie du visage. Au total, deux morts et cinq blessés. Yevgen a été transporté dans un hôpital de l’Ouest.

Lire aussi (avril 2022) : Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : Tchernihiv, la ville qui a résisté aux Russes

Aleksandre faisait parti des réservistes de l’armée ukrainienne. Entre 2015 et 2016, il avait combattu dans le Donbass, cette région minière de l’Est où la guerre entre des séparatistes soutenus par la Russie et l’armée ukrainienne avait débuté en 2014. A la veille du déclenchement de l’« opération spéciale » » du président russe, l’invasion de son pays, l’homme de 36 ans est alors appelé pour rejoindre la 95e brigade d’assaut aérien afin de défendre la ville de Makariv, à l’ouest de la capitale. Le matin du 13 mars, « un jour plus calme que d’habitude », un tank ouvre le feu sur sa position. Sa jambe est touchée par un éclat. « J’ai allumé une cigarettese rappelle-t-il. Je me disais que c’étaient sûrement les dernières minutes de ma vie et j’ai essayé d’appeler mes parents. Ils n’ont pas répondu. » L’armée ukrainienne finit par répliquer avec des mortiers face à l’ennemi russe. Aleksandre est évacué avec un autre homme, éborgné.

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