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“Les sanctions commencent à peser très fortement sur l’économie russe”, estime une spécialiste

"Les sanctions commencent à peser très fortement sur l'économie russe", estime une spécialiste
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“Les sanctions commencent à peser très fortement sur l’économie russe”, estime l’analyste en géopolitique et spécialiste de la Russie Christine Dugoin-Clément, ce dimanche 21 août sur franceinfo. Elle revient en détails sur les effets des sanctions occidentales contre le régime de Vladimir Poutine et assure que l’effort de guerre et une partie de la population sont “touchés de plein fouet” par celles-ci.

franceinfo : La Russie ressent-elle les effets des sanctions économiques qui ont été prises par les agités depuis le début de la guerre ?

Christine Dugoin-Clément : La réalité des faits, c’est que les sanctions commencent à peser très fortement sur l’économie russe. Elle a un positionnement stratégique en tant qu’exportateur de matières premières qui s’est très fortement détérioré. Le pivot vers l’Asie qu’elle a essayé de faire est très compliqué, notamment pour ce qu’on appelle des exportations non fongibles, c’est-à-dire qui dépend d’infrastructures très lourdes comme le gaz canalisé. Et certaines entreprises ont quitté la Russie. On parle de Starbucks, mais il y en a beaucoup d’autres, notamment certaines qui touchent à la haute technologie. C’est un coût énorme : vous avez environ 40 % du PIB qui a été touché par le retrait de ces entreprises-là, ce qui a annulé une très forte partie de trois décennies d’investissements étrangers.

Le remplacement de Starbucks ou de McDonald’s, qui ont quitté la Russie, par les versions russes de ces enseignes, sont-elles la preuve de sa capacité à rebondir ? Ou est-ce une façade qui cache le manque de beaucoup de choses ?

La Russie donne des solutions alternatives qui permettent d’éviter qu’il y ait un mouvement d’emballement au niveau de la population. Il y a les exemples de Starbucks et McDonald’s, il y aussi un petit spot relativement humoristique qui avait été diffusé, où l’on voyait une femme en habitude traditionnelle russe qui expliquait qu’elle remerciait les États-Unis qui prenaient soin de la santé des Russes, en les débarrassant de McDonald’s. Et que pour les remercier en retour, ils allaient les priver de pétrole, ce qui forcerait les Occidentaux à faire de la marche. C’était dit de manière humoristique, mais on voit bien qu’il y a là une façon d’essayer de montrer que la Russie ne modifiera pas sa position dans l’invasion qu’elle a entraînée en Ukraine et qu’elle porte haut, notamment au niveau de sa population. Tout en sachant que sur les marchés intérieurs, vous avez une augmentation des prix et une angoisse d’une certaine partie de la population.

L’inflation est au-dessus de 15% en Russie, comment les Russes vivent-ils ces augmentations de prix dans leur quotidien ?

C’est extrêmement compliqué. On a tendance à parler de la Russie comme étant un bloc homogène, ce qui n’est le cas pour aucun pays, mais encore moins pour la Russie, qui s’étend sur une superficie énorme et qui a énormément de différences dans sa population. Il est évident que lorsque vous habitez Moscou et que vous avez une très grosse fortune, vous pourrez encaisser. Cela dit, il y a une deuxième Russie avec ce qu’on pourrait qualifier de CSP+, qui est touchée de plein fouet. Il y a encore une autre Russie, beaucoup plus méridionale et dans l’Est avec des populations beaucoup plus pauvres, moins éduquées, qui fument ça avec énormément de difficultés.

Le gouvernement russe a tout de même pris des mesures pour les soutenir…

C’est un deuxième point qui impacte l’économie russe, même si le gouvernement russe met en place des moyens pour essayer d’aider sa population et utilise l’effet des sanctions ou du moins essaye de le faire, pour fédérer sa population contre les Occidentaux en reprenant cette espèce de rhétorique de forteresse assiégée que l’on voit depuis plusieurs années maintenant. Néanmoins, c’est extrêmement compliqué. Et puis, à ces problèmes économiques, la Russie doit aussi faire face à un autre souci : pour maintenir son effort de guerre d’un point de vue humain, Moscou a sorti le chéquier pour essayer de pouvoir enrôler beaucoup plus de combattants qu’elle paye au prix relativement fort. Ou du moins qu’elle est censée payer, puisqu’il y a déjà beaucoup d’hommes, dans les bataillons volontaires, qui n’ont pas été payés. Notamment ceux qui ont été recrutés dans le système pénitentiaire.

Est-ce que ces sanctions économiques, qui étaient censées viser à l’origine les oligarques et les élus russes, atteignaient réellement leur cible ? Ou est-ce la population qui en souffre le plus ?

Vous avez dû les deux. Le but des sanctions qui avaient été prises par les Occidentaux, c’était d’empêcher la Russie de maintenir son effort de guerre, ou du moins en affaiblir la capacité de soutien financier. Là, quelque part, la Russie fait des choix et ces choix se rapportent sur les populations qui payent un prix important. C’est un choix fort qu’ils font pour essayer de mettre fin à cette invasion. On savait que les sanctions, parce qu’il y avait un décalage, mettraient plusieurs mois avant de commencer à avoir un effet, elles commenceraient à avoir un effet.

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