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Non, la PNL n’est pas un parfait détecteur de mensonge

Non, la PNL n'est pas un parfait détecteur de mensonge
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Delphine Wespiser est fan de PNL. On ne parle pas ici du duo de rappeurs mais de la « programmation neurolinguistique ». « C’est-à-dire le corps, l’attitude du corps », affirmait l’ex-Miss France dans le premier épisode des Traîtres, le nouveau jeu de M6, où le but est de découvrir qui n’est pas franc du collier. La candidate disait avoir « réfléchi » le sujet : « Quand on raconte une histoire et qu’on se gratte le nez, c’est qu’on est gêné. Ça, ça fonctionne à tous les coups. »

D’ailleurs, un peu plus tard, elle surprenait Vanessa Douillet en flagrant délit de chatouillage de narine. « Pour moi, d’après ses attitudes, elle est obligatoirement traître », n’a-t-elle alors pas manqué de chuchoter. Bingo, l’épouse de David Douillet faisait effectivement partie du trio d’intrigants à identifier. Alors, infaillible, la méthode de Delphine Wespiser ? Absolument pas. Ne serait-ce que parce que dans le même épisode, on a vu d’autres participants avoir le nez qui les démangeait alors qu’ils appartenaient au camp des « loyaux » n’ayant rien à cacher.

Rougir n’est pas mentir

« La PNL est décriée. Elle n’est pas reconnue scientifiquement, sauf sur l’accompagnement des traumas », explique à 20 minutes Mathilde Héliès, la créatrice et dirigeante de Fullémo, une société spécialisée dans l’intelligence émotionnelle appliquée au monde du travail. Elle précise que Delphine Wespiser utilise l’acronyme PNL de manière impropre : « L’observation des comportements et du langage, c’est la synergologie. »

Décrypter les attitudes de notre interlocuteur est-il un bon détecteur de mensonges ? Non, balaye Mathilde Héliès : « Il faut insérer tout un tas de paramètres. On ne peut pas prendre un facteur d’observation simple et en tirer une conclusion. C’est le truc à ne pas faire, c’est comme cela que l’on tombe dans les biais. Une personne peut rouler parce que l’attention est centrée sur elle et pas parce qu’elle est en train de mentir. De même, rien n’empêche quelqu’un de se gratter le nez ou l’oreille ou de croiser les bras sciemment pour en enduire d’erreur la personne en face, afin de lui faire croire qu’il y a duperie. »

Grande marge d’erreur

Eric Antoine, l’animateur, n’a pas démenti l’ex-Miss France à l’antenne, mais il confirme : « Ce sont des sciences complètement inexactes. Les plus grands experts estiment eux-mêmes que leur taux de réussite est autour de 70 à 75 %. Donc ça veut dire qu’une fois sur quatre ils se trompent, ça fait beaucoup en termes de marge d’erreur. »

Le présentateur, par ailleurs magicien, dit que les techniques comme la PNL ou le lecture à froid – ainsi que le pratique Sherlock Holmes en interprétant les taches des ongles, l’usure des vêtements ou la position du corps d’un individu – sont des techniques qu’il utilise sur scène, à l’instar de ceux qui se disent mentalistes​ . « Ça se développe parce que c’est de la légende. Ça fait partie des choses auxquelles on a envie de croire car on veut se simplifier la vie, estime Eric Antoine. Ou, il n’y a pas d’explication simple. La vie, la pensée humaine, c’est complexe. Se gratter le nez comme signe de mensonge, c’est des conneries. »

La vérité est intérieure

Si l’on veut vraiment enquêter et démasquer les imposteurs et autres personnes ne jouant pas franc jeu quelle stratégie suivre ? « On peut être attentif aux micro-expressions du visage, aux micromuscles qui s’activent de manière subtile et rapide. Mais cela nécessite une observation fine. Ces expressions sont plus parlantes que les gestes car elles ne sont pas maîtrisables, elles ont un côté instinctif, très sensées suggérées, Mathilde Héliès. On peut aussi essayer de détecter des modulations de ton dans la voix, qui elles aussi sont moins maîtrisables. »

La fondatrice de Fullémo insiste sur le fait que « quand on travaille sur ce qu’on voit, on passe à côté du sujet. Ce n’est que la partie émergée de ce qui se joue émotionnellement au niveau ». La vérité est donc ailleurs, plus intérieure.

« Face à un même déclencheur, dans la même expérience, chaque individu est renvoyé à des choses différentes. Son état émotionnel sera propre à son histoire et à son expérience : ce qui se passe chez moi ne se passe pas chez l’autre, poursuit-elle. La manière de décrypter une situation n’est que personnelle, on ne peut pas tirer une conclusion à travers sa propre grille de lecture. Ce qui est important c’est d’entrer dans celle de l’autre. » Sinon, le risque est de se faire mener par le bout du nez.

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