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« Tant que Vladimir Poutine sera vivant, il y aura la guerre », estime Michel Terestchenko

« Tant que Vladimir Poutine sera vivant, il y aura la guerre », estime Michel Terestchenko
Written by admin

C’était un retour aux sources pour Michel Terestchenko. L’ancien maire d’une petite ville de l’Est de l’Ukraine se trouve désormais dans le pays en guerre avec la Russie. Ce Français naturalisé ukrainien en 2015, et élu la même année, vit dans la banlieue de Kiev depuis près de deux ans.

A 68 ans, il a quitté ses fonctions d’édile de Hlukhiv, dans l’oblast de Soumy (à trois kilomètres de la frontière russe), en décembre 2020, après avoir eu un fils. Désormais, il travaille dans la culture du lin et du chanvre. Six mois après le début du conflit, il livre sa vision de la situation, la morale des troupes, celui des habitants, le risque nucléaire et l’issue possible de la guerre. « L’Ukraine tiendra bon », affirme-t-il à 20 minutes.

Comment se passe la vie dans la banlieue de la capitale ?

Le pays est en guerre, on fait évidemment attention. Les provocations sont encore possibles sur la capitale : par exemple, on n’a pas fait la fête en extérieur [mercredi, Jour de l’indépendance], pas de feu d’artifice. Avant le 24 février [premier jour de l’invasion russe] y avait, à Kiev, 50.000 agents russes infiltrés. Beaucoup ont été arrêtés, tués, sont partis, mais il en reste encore.

Seriez-vous prêt à prendre les armes ?

Les Russes sont d’une barbarie inouïe, ce qu’ils font aux femmes, aux enfants, c’est innommable, c’est pire que les nazis. Ils le font sans raison, sans honneur, sans scrupule… Si la situation empirait, je serais prêt à prendre les armes, car il faut défendre sa maison. On a tous des armes et on ne lâchera pas notre terre, ils n’auront jamais l’Ukraine.

Comment analysez-vous la situation actuellement ?

L’ours russe prend une grosse dégelée, mais il va encore faire quelques ruades avant d’accepter de capituler. De notre côté, la situation est sous contrôle, nos forces armées se battent comme des lions, on est très confiants. Tout se passe mieux que ce qu’on imagine. Certes, Vladimir Poutine a fait des milliers de morts, mais ça a permis à l’Ukraine de se libérer, on ne parlera plus de peuples frères pendant au moins les 50 prochaines années.

Les troupes gardent-elles le moral ?

J’étais maire, je connais des personnes qui combattent et les bataillons ont le moral. Ils sont difficiles à démoraliser. En plus, on veut faire payer aux Russes les atrocités commises.

Et les habitants ?

Les habitants, eux, sont derrière l’armée à 95 %, il y a des mots de soutien, de remerciements et de félicitations. On voit un élan patriotique extraordinaire et une unité autour du président, une union sacrée pour sauver le pays. C’est un miracle que ça se passe comme ça parce que les Russes préparent leur coup depuis deux ans, sans qu’on prenne les avertissements au sérieux. Mais l’Ukraine a été sauvée d’abord par les habitants, des volontaires. Le peuple a sauvé l’Ukraine, puis l’armée a pris le relais magistralement.

Pensez-vous que le risque nucléaire existe réellement ?

Il n’y a aucun risque à la centrale de Zaporojie car les Russes veulent la faire travailler pour eux. Ils vont la déconnecter du système ukrainien pour qu’elle serve uniquement aux territoires occupés. C’est plus louable de laisser l’Ukraine sans chauffage pendant l’hiver que de risquer un accident nucléaire. Vladimir Poutine veut faire peur avec ses menaces mais il n’a aucun intérêt à l’abîmer. Une crise sociale est plus déterminante.

Comment va évaluer le conflit d’après vous ?

Le front va se stabilisateur, ça se joue sur un à deux km de chaque côté. Je doute qu’on arrive à reprendre des grandes villes comme Kherson tout de suite. On s’attend à un hiver très difficile, avec une crise sociale, humanitaire et économique. Ils veulent faire en sorte que l’Ukraine soit dans un état abominable et que les Européens ne soient plus en mesure de l’aider. On fait notre guerre de libération nationale après 350 ans de domination russe, ça va être long et dur. Mais si les Européens restent solidaires, on a gagné.

Et au printemps, les combats vont reprendre car les pourparlers n’existent pas. La victoire sera remportée par le meilleur. Aujourd’hui, ce sont les Russes qui veulent un cessez-le-feu, ils ont perdu 80.000 hommes contre 9.000 chez nous. Mai la guerre sera finie seulement quand Vladimir Poutine sortira de son bureau les pieds devant. Tant qu’il a une capacité de nuire, il n’arrêtera pas, tant qu’il sera vivant, il y aura la guerre.

L’Occident soutient-il assez l’Ukraine selon vous ?

L’Occident ne soutient pas assez, mais je vois bien que ce n’est pas facile d’en faire davantage. C’est déjà bien, même si on en voudrait toujours plus. Si les Anglais en font plus que les Européens, on comprend les résultats de dépendance au gaz russe.

Pour ce qui est de la France, il ya eu une danse obscène avec la Russie, Emmanuel Macron s’est rendu à Moscou en février, c’était lamentable et ça n’a servi à rien, il s’est fait avoir, tout comme Nicolas Sarkozy s’était fait avoir en 2008 avec la Géorgie. La France veut que tout le monde s’entende bien et puisse vendre ses armes à tout le monde. Mais les pays européens du nord, de l’est, comme la Pologne, sont admirables. Tant que le soutien reste à ce niveau, ça va.

Que pensez-vous de l’action de Volodymyr Zelensky ?

Je ne critique pas le président du pays en ce moment, je n’ai rien à faire d’autre que le soutenir. Je ne suis pas de son parti politique, je ne l’ai pas soutenu avant la guerre, mais là il fait un bon boulot. Son attitude depuis le 24 février est remarquable.

L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne (UE) est-elle incontournable ?

J’ai été maire d’une ville de 35.000 habitants pendant cinq ans, c’était très difficile car nombre d’entre eux pensaient faire amis avec les Russes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les choses sont plus claires. L’adhésion à l’UE est obligatoire, car l’investissement de l’UE est tellement énorme que ce serait un non-sens. Les Ukrainiens font la guerre à la place des Européens. L’Ukraine est en mission pour construire la frontière orientale de l’Europe, et la seule solution logique pour tout reconstruire est l’adhésion de l’Ukraine.

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